Qu’est-ce qu’une supervision ?

La supervision consiste à échanger avec un autre psychologue ou avec un autre soignant. Les sujets abordés sont généralement les problématiques des clients/patients du supervisé, ainsi que l'interaction entre la vie professionnelle et la vie privée.

Quel est l’objectif ?

Je pense que la supervision a pour objectif d’élargir la perspective du supervisé sur son travail, sur les facteurs qui le composent et sur les problématiques spécifiques de ses clients/patients, tout en gardant à l’esprit que seul le supervisé décide d’accepter et de mettre en œuvre les recommandations. Généralement, il est utile que la supervision adopte une approche centrée sur les forces. Cela implique d'identifier les forces des supervisés et de les aider à les exploiter.

Quel accompagnement délivrer ?

Les conseils et l’élargissement de perspective sur un client/patient sont généralement les deux premières demandes en supervision. Le conseil fait assurément partie de la supervision mais, pas seulement, un des aspects importants ce n'est pas le conseil mais la collaboration. Lors d’une supervision, il convient alors régulièrement de trouver un équilibre entre conseiller et proposer des défis adaptés, tout en veillant à apporter du soutien, à donner un feedback attentif et opportun, afin de trouver quel accompagnement délivrer à chaque supervisé et comment concilier conseils et respect de l’autonomie.

Comment gérer la relation ?

Je pense que superviser est une double expérience relationnelle : l’expérience relationnelle à part entière avec un autre soignant et une expérience relationnelle par procuration avec ses clients/patients. La relation par procuration correspond à la façon dont je me représente votre client, dont j'imagine la relation thérapeutique et dont j'imagine parfois interagir avec lui si j'étais à votre place.

L’une de mes tâches en tant que superviseur est alors de porter mon attention sur mon processus mental dans le but de mieux comprendre la qualité de la relation par procuration avec vos clients/patients. Cette attention portée à mon processus mental peut nous aider à identifier comment notre relation de supervision reflète la vôtre avec votre client/patient, d'une manière qui vous serait autrement inconnue.

Pour mieux appréhender la relation thérapeutique, il peut être utile de l’envisager de manière créative, par exemple en utilisant des métaphores ou en adoptant un point de vue extérieur.

En adoptant un point de vue extérieur, il m’arrive de poser des questions telles que :

Repensez à la dernière séance de votre client/patient et imaginez que vous l'observez. En tant qu'observateur : Que remarquez-vous chez le client et le thérapeute ? Quels sont, selon vous, les phénomènes de transfert et de contre-transfert qui se produisent dans cette relation ?

En utilisant des métaphores, il m’arrive de poser des questions telles que :

Si vous étiez naufragés sur une île déserte avec votre client, comment vous comporteriez-vous chacun de votre côté ? Que feriez-vous immédiatement pour survivre ? Imaginez que vous soyez maintenant sur l'île depuis un mois. Comment vous comportez-vous chacun de votre côté ?

Si vous étiez tous les deux des animaux, lesquels seriez-vous ? Comment interagissez-vous l'un avec l'autre ? (Par exemple : « Je suis un chat et mon client est une souris. Le chat court après la souris. Je pense que mon client veut m'échapper. Je pense qu'il a peur »)

Comment gérer la distance thérapeutique ?

En tant que psychologue, on nous apprend à maintenir une distance thérapeutique : pas d’objets personnels dans notre bureau, pas d’échanges personnels (comme des cadeaux pendant les fêtes). C’est une belle idée, mais la vérité est que nous sommes humains, tout comme nos clients/patients. Les limites sont nécessaires, mais, elles sont aussi flexibles et donc questionnables.

Pour ma part, ma conception de la distance thérapeutique se reflète dans mon style conversationnel direct, je pose des questions directes et précises, par exemple :

Quelles sont vos impressions concernant votre client/patient ?

Comment vous sentez-vous émotionnellement face à votre client/patient ?

Que pensez-vous que le client vous communique de manière sous-jacente ? (Par exemple : « Veuillez me réparer »).

Que communiquez-vous de manière sous-jacente au client ? (Par exemple : « J’ai besoin que vous m’appréciiez »).

En présence de votre client, pouvez-vous essayer d’observer votre langage corporel ? Que communiquez-vous par vos gestes ?

Quelles sont vos sensations physiques en réaction à votre client ?

Comment gérer le traumatisme vicariant ?

La quasi-totalité des soignants subissent un traumatisme vicariant, c'est-à-dire qu'ils subissent l’impact émotionnel ou psychologique de ce que le client/patient leur confie. Il est essentiel de traiter ces traumatismes et faciliter ce processus est l'une des fonctions de la supervision.

Simplement et concrètement, l’une des premières actions à envisager consiste, en tant que superviseur, à proposer des plages horaires à la demande en complément des créneaux réguliers habituels. Cela permet si nécessaire de recueillir les ressentis immédiats des supervisés.

Il est également utile d’explorer le génogramme traumatique du supervisé afin de comprendre ce que le travail avec des clients/patients ayant vécu un traumatisme peut déclencher chez lui, ce génogramme peut également inclure les mécanismes de résiliences transgénérationnels.

Finalement, je peux choisir d’utiliser le temps de supervision pour proposer des pratiques de bien-être, afin de répondre aux besoins immédiats et de réduire les risques de traumatismes indirects. 

Conclusion

La relation, la distance thérapeutique et les traumatismes vicariants sont les thématiques de supervision que j’ai choisies d’aborder ici, en quelques mots, il en existe beaucoup d’autres.

En conclusion, je dirais que l’une des leçons les plus importantes que la supervision continue de m’apprendre c’est que devenir un meilleur psychologue ou superviseur ne consiste pas à surmonter nos difficultés coûte que coûte. Il s'agit plutôt d'apprendre à les regarder avec curiosité, humilité et bienveillance…



Vous trouverez les références bibliographiques en suivant ce lien.

Les informations fournies ici ne remplacent en aucun cas la relation entre un patient et son médecin ou son psychologue, et ne doivent pas être utilisées comme substitut à un accompagnement thérapeutique.